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Doha : « l'urgence d'agir n'a jamais été aussi grande »

COMMUNIQUÉ DE PRESSE > 23 novembre 2012


Alors que la 18e Conférence des Parties (CdP) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) s’ouvre ce lundi 26 novembre 2012 à Doha (Qatar), Laurence Tubiana, directrice de l’Iddri, estime que « l’urgence d’agir n’a jamais été aussi grande ». L’ouragan Sandy, s’il ne peut pas être directement relié à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine, a rappelé, tragiquement, le coût humain et économique des évènements climatiques extrêmes, y compris dans les pays les plus développés. Le rapport du Potsdam Institute for Climate Impact Research pour la Banque mondiale, Turn Down the Heat: Why a 4°C Warmer World Must be Avoided, a lui aussi rappelé un fait bien connu : en l’absence d’efforts de réduction d’émissions supplémentaires, la hausse moyenne des températures atteindrait 4°C, entrainant une augmentation de la fréquence et de l’intensité de ces évènements climatiques catastrophiques. Mais, fait nouveau et important pour Emmanuel Guérin, directeur du programme Énergie et Climat à l’Iddri, « le rapport insiste sur l’incertitude irréductible autour des impacts de cette hausse de 4°C, et les nouveaux risques qui menacent donc notre capacité même à anticiper et à nous adapter aux effets de ces changements climatiques si rien n’est fait ».

Et pourtant, le sentiment d’urgence ne semble pas atteindre les négociations internationales. Laurence Tubiana rappelle que « ces négociations ont connu, ces trois dernières années, trois moments forts consécutifs : à Copenhague en 2009, l’accord obtenu à l’arrachée et dans la douleur avait permis d’obtenir pour la première fois des engagements chiffrés de réduction d’émissions en 2020 de la part des États-Unis et des grands pays émergents ; à Cancun en 2010, peu de progrès substantiels avait été faits, mais le processus multilatéral onusien, malmené à Copenhague, avait été remis sur les rails ; à Durban l’an dernier, le Fonds vert pour le climat avait officiellement vu le jour, et un processus, devant se conclure en 2015 par un accord juridiquement contraignant pour tous après 2020, était lancé ». Cette année à Doha, peu d’avancées majeures sont attendues. La conférence aurait pu tourner au psychodrame, en l’absence d’accord sur la deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto. Pour Emmanuel Guérin, « c’est la décision sur le tard de l’Australie de finalement s’engager pour une seconde et dernière période, avec l’Europe et quelques autres, qui devrait permettre d’échapper au pire ».

Certains sujets méritent cependant d’être suivis de près :

  • Protocole de Kyoto (AWG-KP)
    L’Europe devrait donc, avec quelques autres pays, s’engager pour une deuxième période dans le protocole de Kyoto. Emmanuel Guérin souligne que « cette décision n’entraînerait pas d’obligations nouvelles ou d’efforts supplémentaires pour l’Europe, qui a déjà inscrit dans sa propre législation son objectif de 20 % de réduction de ses émissions ». Mais il précise que « ce geste symbolique fort devrait permettre de satisfaire les revendications des pays en développement ». La négociation devra cependant répondre à certaines questions techniques, mais importantes : quelle sera la durée de cette seconde période d’engagement (ce qui aura un impact sur la négociation de l’accord juridiquement contraignant pour tous après 2020) ? Comment faire pour gérer le vide juridique entre le 31 décembre 2012, date de la fin de la première période d’engagement, et la date de ratification par les pays signataires ? Comment dans ces conditions assurer la continuité des mécanismes de flexibilité (Mécanisme de développement propre, Mise en œuvre conjointe) ?
     
  • Action coopérative de long terme (AWG-LCA)
    La voie de négociation sur l’Action coopérative de long terme, ouverte à Bali en 2007, devra être fermée à Doha. Il reste pourtant beaucoup de questions brûlantes ouvertes, auxquelles les négociations devront apporter des éléments de réponse. Sur le financement d’abord, car les engagements de financement précoce (30 milliards de dollars entre 2009 et 2012) pris à Copenhague prennent fin cette année, et le plus grand flou règne toujours pour atteindre l’objectif de 100 milliards de dollars en 2020. Sur la vérification des actions et des engagements de réduction d’émissions ensuite, car si Copenhague puis Cancun et Durban ont fixé les grandes lignes du mécanisme de Consultation et d’analyse internationale (ICA), les modalités pratiques restent à définir, et la transparence reste à garantir.
     
  • Plateforme de Duban (ADP)
    La principale avancée de Durban fût le lancement d’un processus de négociation, devant se conclure en 2015, pour un accord juridiquement contraignant pour tous après 2020. À Doha, les négociations devraient se concentrer sur la façon d’organiser ce processus, plutôt que traiter le fond des sujets. Mais elles porteront aussi certainement sur le sens précis à donner au caractère juridiquement contraignant du futur accord, étant donné l’ambiguïté de l’accord obtenu à Durban sur ce point. Elles porteront aussi nécessairement sur la façon de traiter la question de l’équité dans le cadre du futur accord, car si le principe de « responsabilité commune et différenciée » (CBDR) a disparu de l’accord de Durban, les revendications, et les désaccords, sur cette question n’ont, eux, pas disparus. Enfin, à l’initiative des Européens essentiellement, l’accroissement de l’effort de réduction d’émissions d’ici 2020 devrait lui aussi faire partie des négociations. Selon Emmanuel Guérin, « plusieurs options peuvent être envisagées : nouveaux pays qui prennent des objectifs de réduction d’émissions ; pays avec une fourchette d’objectifs qui décident de passer en haut de leur fourchette ; initiatives spécifiques sur des gaz à fort pouvoir de réchauffement (méthane), ou des secteurs non couverts (maritime et aérien) ».
     
  • Enfin, selon Laurence Tubiana « au-delà des enjeux de la négociation elle-même, la CdP à Doha sera intéressante, car elle sera l’occasion d’observer d’éventuels changements géopolitiques ». Même s’il sera sans doute trop tôt pour observer un réel changement et en tirer des conclusions définitives, nul doute que les prises de positions des États-Unis et de la Chine, qui ont tous les deux récemment changé de chef d’État, seront scrutées à la loupe. Le sens de la nomination des sept nouveaux membres du comité central du Politburo du Parti communiste chinois (PCC), sur ce sujet comme sur les autres, est incertain, même si, comme le rappelle Laurence Tubiana, « Li Keqiang, le nouveau Premier ministre, est connu pour ses prises de paroles et de position en faveur d’un développement soutenable sur le plan environnemental ». La réélection de Barack Obama suscite elle de plus grands espoirs encore quant à un réengagement américain dans les négociations internationales. Mais la situation intérieure américaine, aussi bien sur le plan énergétique (les gaz de schiste) que politique (les républicains conservant la majorité à la Chambre des représentants, et les démocrates étant bien loin de la majorité des deux tiers nécessaire à la ratification d’un traité international au Sénat) appellent à la retenue.

Contact presse : Benoît Martimort-Assso

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