Pour limiter le réchauffement climatique, les gouvernements auront besoin de mettre en œuvre de multiples politiques et interventions, qui devront être conçues en fonction des spécificités et des priorités de chaque pays. La fixation d’un prix de carbone constituera l’une de ces politiques, mais ne remplacera pas d’autres actions comme le soutien à l’innovation ou les normes et régulations.

C’est la démonstration que font Chris Bataille12, Céline Guivarch3, Stéphane Hallegatte4, Joeri Rogelj5678 et Henri Waisman1 dans un article publié dans la revue scientifique de référence Nature Climate Change.

Pour satisfaire les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat de façon efficace, des prix doivent être instaurés sur les émissions de carbone et doivent augmenter au long du xxɪᵉ siècle: en augmentant le prix des produits qui induisent des émissions de carbone, le prix du carbone crée un « signal-prix » qui incite à choisir des techniques de production qui émettent peu de carbone et favorise la consommation de produits et services plus sobres en émissions.

Cet article montre que l’idée de fixer un prix unique à l’échelle planétaire pour le carbone n’est ni réaliste ni désirable. Pour être efficace et réaliste, le prix du carbone devra plutôt dépendre des pays, en fonction de leurs ambitions, de leur contexte socio-économique et politique, et de leurs capacités à réduire les émissions de gaz à effet de serre et des stratégies envisagées pour ce faire. L’Accord de Paris suppose en effet que l’action climatique soit élaborée en fonction d’une stratégie qui soit adaptée au contexte national et qui soit orientée non seulement vers le climat, mais aussi vers d’autres champs de l’action publique (lutte contre la pauvreté, développement, santé, éducation, fourniture d’énergie, transports, usage des terres, etc.). Des ensembles de mesures doivent ensuite être constitués pour mettre en œuvre cette stratégie, incluant la fixation d’un prix pour le carbone, mais également des mesures complémentaires de différentes natures. Les prix du carbone seront ainsi différents en fonction du contexte géographique, économique ou social. Ils dépendront des paquets de politiques dans lesquels ils s’insèrent et des problématiques de développement spécifiques au contexte national considéré.

 pour mettre en œuvre des politiques climatiques réalistes et efficaces, il est essentiel qu’elles soient adaptées aux contextes locaux et cohérentes avec les objectifs politiques et économiques des différents pays 

Stéphane Hallegatte, économiste dans le groupe climat de la Banque mondiale.

 

les États ne peuvent faire l’économie d’un vaste travail de fond destiné à définir une véritable stratégie, indiquant quelles transformations ils veulent mettre en œuvre afin de remplir leurs engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris. C’est la condition à laquelle les "bons" prix du carbone peuvent être définis, ceux qui permettent de soutenir la transition efficace et juste.

Henri Waisman (Iddri) 

L’article est consultable en suivant ce lien.

    Cette analyse fait partie des travaux qui ont informé la Commission de haut niveau sur les prix du carbone, coprésidée par Nicholas Stern et Joseph Stiglitz, soutenue par le gouvernement français et la Banque mondiale. Elle se nourrit notamment des études menées dans le cadre du Deep Decarbonization Pathways Project (DDPP), travail collaboratif, coordonné par l’Iddri, de cartographie des trajectoires concrètes de décarbonation profonde dans 16 grands pays. Ces travaux et le rapport de la Commission Stern-Stiglitz informent les décideurs publics et privés sur les options disponibles pour réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en favorisant le développement économique et la réduction de la pauvreté.

     

    • 1. a. b. Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), Paris - France
    • 2. School of Resource and Environmental Management, Faculty of the Environment, Simon Fraser University, Burnaby - Canada
    • 3. Centre international de recherche sur l'environnement et le Développement (CIRED), Nogent-sur-Marne - France
    • 4. Banque mondiale, économiste dans le groupe climat, Washington - États-Unis
    • 5. Grantham Institute, Imperial College London - Royaume-Uni
    • 6. Energy Program, International Institute for Applied Systems Analysis (IIASA), Laxenburg - Autriche
    • 7. Institute for Atmospheric and Climate Science, ETH Zurich - Suisse
    • 8. Environmental Change Institute, School of Geography and the Environment, University of Oxford - Royaume-Uni