Renforcer la compétitivité de l'industrie européenne grâce à l'électrification Les coûts énergétiques déterminent la compétitivité industrielle de l’Europe, mais l’électricité ne joue encore qu’un rôle limité. Agora et l’Iddri montrent que l’électrification peut renforcer la compétitivité si les conditions sont réunies. Au-delà d’un simple soutien aux prix de l’électricité, une combinaison d’outils de réduction des risques, tels que les contrats pour la différence et les accords d’achat d’électricité, et d’une tarification solide du carbone est nécessaire. 

Bruxelles | Paris, le 27 mai 2026 

L’industrie européenne est confrontée à des défis à la fois structurels et conjoncturels, mais l’électrification pourrait améliorer sa compétitivité par rapport aux États-Unis et à la Chine. Pour libérer ce potentiel, des mesures politiques sont nécessaires pour lever les obstacles structurels et aligner les politiques industrielles, énergétiques et climatiques, selon une nouvelle analyse réalisée par les think tanks Agora Energiewende, Agora Industry et l’Iddri. 

Ce rapport paraît alors que le monde connaît un nouveau choc des prix des énergies fossiles et à la veille de la publication du plan d’action pour l’électrification de la Commission européenne, attendu cet été. Il révèle que l’électricité ne représente actuellement que 5 % des coûts de production totaux pour les industries qui n’ont pas encore électrifié leurs processus. Ceci contraste fortement avec la part des dépenses liées aux combustibles fossiles, qui varie entre 30 et 80 % des coûts de production dans de nombreux secteurs à forte intensité énergétique. 

On peut toutefois s’attendre à ce que l’industrie européenne s’électrifie de plus en plus afin de réduire sa dépendance aux énergies fossiles, d’améliorer son efficacité et d’atteindre ses objectifs de décarbonation. Techniquement réalisable et, dans de nombreux cas, déjà économiquement viable, l’électrification devrait profondément transformer la consommation d’énergie. D'ici 2035, l'électricité représentera directement et indirectement 60 à 100 % de la consommation totale d'énergie dans la plupart des secteurs, l'électricité représentant alors 10 à 90 % des coûts de production. Cette part dépend en grande partie de l'intensité énergétique du processus industriel, l'aluminium se démarquant comme un secteur où l'électricité représente 90 % des coûts de production. 

« Une transition rapide vers l’électrification alimentée par une énergie propre et locale constitue la meilleure stratégie de résilience pour l’Europe », selon Frauke Thies, directrice Europe chez Agora Energiewende. « Pour la mener à bien, il faut des prix de l’électricité compétitifs et prévisibles, associés à de solides incitations à l’investissement, ce qui fait du Plan d’action pour l’électrification une occasion unique d’établir un cadre européen commun »

L'électrification, un impératif stratégique pour l'Europe 

S'appuyant sur une analyse technique réalisée par le cabinet de conseil Compass Lexecon, le rapport examine cinq secteurs industriels clés – l'aluminium primaire, l'acier primaire, le papier, la production de vapeur pour l'industrie chimique et la production de cellules de batterie – dans les pays et régions concernés de l'UE, des États-Unis et de la Chine. Pour évaluer les écarts de compétitivité, Compass Lexecon a comparé les coûts de production de 2024 aux projections pour 2035. Les écarts de coûts liés à la décarbonation ont été calculés en comparant les processus de production conventionnels et électrifiés, en tenant compte à la fois des dépenses d’investissement (CAPEX) et des dépenses d’exploitation (OPEX). 

L'analyse montre que l'électrification peut améliorer la compétitivité de l'Europe dans de nombreux secteurs et même combler l'écart avec les États-Unis et la Chine. C'est notamment le cas pour l'aluminium primaire et les applications de chaleur à basse température, où une tarification efficace du carbone, mise en œuvre à la fois par le système d'échange de quotas d'émission de l'UE (SEQE-UE) et le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), garantirait la compétitivité en termes de coûts. 

Elle met également en évidence une forte variabilité sectorielle et géographique : par exemple, la production d’aluminium primaire est déjà compétitive en termes de coûts dans certains pays de l’UE, comme la France, où les prix de l’électricité à faible intensité carbone correspondent aux besoins industriels. Dans le même temps, la production d'acier primaire est plus chère en Europe en raison des coûts plus élevés des matières premières et de l'énergie. Si un soutien ciblé aux prix de l'électricité pourrait aider certaines industries, il ne comblera probablement pas les écarts de compétitivité pour celles confrontées à des problèmes non liés aux coûts, ce qui nécessite, selon les trois think tanks, d'autres réponses telles que des quotas d’émissions ou des mesures politiques locales. 

« L'abandon du gaz fossile est une stratégie clé pour permettre aux industriels d'accroître leur compétitivité. Étant donné que les trajectoires techniques vers l'électrification varient selon les secteurs, des solutions politiques ciblées sont indispensables », a déclaré Julia Metz, directrice d'Agora Industry. « Ces solutions doivent s'appuyer sur une approche européenne cohérente, combinant la politique commerciale à un cadre d'électrification à long terme, parallèlement à des mesures telles que les marchés pilotes et une tarification forte du carbone ». 

Un cadre politique pour la compétitivité et la résilience 

Agora et l’Iddri proposent un cadre politique global visant à concilier compétitivité, résilience et décarbonation. 

  • Le recours à des contrats bilatéraux pour la différence (CfD) pour la production à faibles émissions de carbone contribuerait à limiter l’exposition des consommateurs aux flambées des prix des combustibles fossiles tout en garantissant la stabilité des revenus des investisseurs. 
  • En développant les accords d’achat d’électricité (AAE) assortis de garanties publiques, les gouvernements pourraient offrir aux industriels des coûts d’électricité prévisibles, en particulier pour les processus à forte intensité énergétique comme l’électrolyse ou les chaudières électriques. 
  • Il est nécessaire de supprimer progressivement les aides forfaitaires au prix de l’électricité au profit de mécanismes dégressifs et limités dans le temps, liés à des conditionnalités de décarbonation, afin de préserver les incitations à investir dans des méthodes de production propres. 

Les auteurs soulignent que l'efficacité globale des interventions politiques dépend fortement de la cohérence et de l'enchaînement des mesures mises en œuvre dans les domaines de l'énergie, du climat et de l’industrie. Plusieurs mesures de politique industrielle peuvent réduire le besoin d’un soutien étendu et potentiellement coûteux des prix de l’électricité en s’attaquant plus directement aux facteurs de compétitivité structurelle. Le développement de marchés pilotes, tel que prévu dans l’Industrial Acceleration Act (IAA), est l’un de ces instruments. En stimulant la demande précoce de produits à faibles émissions de carbone et électrifiés, les marchés pilotes peuvent accélérer le déploiement et induire des réductions de coûts grâce aux effets d’apprentissage et aux économies d’échelle. 

« L’Europe dispose des outils nécessaires pour jouer un rôle de premier plan dans la transformation industrielle et l’innovation », souligne Nicolas Berghmans, directeur des nouvelles politiques industrielles à l’Iddri. « Ce qu’il faut maintenant, c’est la volonté politique de les déployer de manière cohérente dans tous les secteurs afin de libérer le potentiel de l’électrification. En coordonnant leurs efforts entre États membres, les Européens peuvent réduire les risques liés aux prix de l’électricité industrielle là où c’est le plus nécessaire et garantir le succès du Pacte pour une industrie propre »

Lire le rapport (en anglais)

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