La 20e Conférence des Parties (COP20) qui s’est ouverte hier à Lima (Pérou) est la dernière grande réunion de négociation avant la COP21 de 2015, où un nouvel accord universel sur le climat doit être conclu. L’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) présente ici ses principales attentes pour cette conférence.

La conférence de Lima doit avant tout permettre d’établir trois éléments fondamentaux : la structure d’un accord équitable et efficace; des règles du jeu claires pour les contributions nationales qui doivent être soumises en amont de la COP21; et des actions d’ici à 2020 pour réduire l’écart entre les engagements déjà pris et les niveaux d’émissions nécessaires pour limiter le réchauffement à 2°C. Ces éléments doivent concourir à établir la confiance et à signer à Paris en 2015 un accord universel, avec des contributions nationales à la hauteur des enjeux.

Sur cette base, l’Iddri souhaite que Paris Climat 2015 représente réellement le point de départ d’un processus de transformation à grande échelle. Comme l’ont indiqué de récents rapports, pour rester en-dessous de 2°C, il faudrait investir massivement dans l’efficacité énergétique, laisser les deux tiers des énergies fossiles dans le sol, multiplier par trois à quatre les investissements dans les énergies non carbonées, stopper la déforestation, etc. Cela requiert des transformations profondes et massives qui, pour être réalisées à temps, doivent être anticipées. Ceci ne peut se faire uniquement à travers des contributions de réduction des émissions à court terme.

À Paris, il faut que l’accord soit signé par tous les pays et que les contributions nationales soient à la hauteur des enjeux. Mais cela ne doit pas être la seule attente : pour limiter le réchauffement climatique en-dessous de 2°C, la COP21 doit porter une réelle capacité de transformation à grande échelle

Teresa Ribera, directrice de l’Iddri

 

L’accord de Paris, qui doit être esquissé à Lima, a la capacité de tracer cette voie. Trois mécanismes nous semblent notamment permettre d’y parvenir.

Tout d’abord, les contributions nationales qui devront être soumises au premier semestre 2015. Pour être crédibles, ces contributions devront aller au-delà d’une liste d’objectifs et décrire les moyens qui permettront de les atteindre, par exemple le déploiement des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, une évolution de la structure industrielle, etc. Il ne s’agit pas seulement de savoir combien, mais comment.

Ensuite, ces contributions nationales porteront jusqu’en 2025 ou 2030. Or, l’action climatique est une action de long terme, et les acteurs ont également besoin de signaux à cet horizon. Il est donc nécessaire que les contributions se renforcent au fil du temps, de manière régulière et prévisible. L’accord devrait ainsi prévoir que les contributions soient renégociées à la hausse tous les 5 ans, sans ratification. Il faut donc un accord dynamique.

Pour guider l’action et permettre d’envisager ces transformations sur un laps de temps adéquat, l’accord devrait enfin inviter les pays à produire avant 2020 des trajectoires indicatives à horizon 2050. C’est dans ce sens que l’Iddri et le Sustainable Development Solutions Network (SDSN) ont coordonné la plateforme Deep Decarbonization Pathways Project (DDPP) , à laquelle se sont jointes des équipes de recherche de 15 pays représentant 70% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

En plus de réaffirmer l’objectif collectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C, l’accord de Paris devra être doté de leviers pour atteindre réellement cet objectif

Michel Colombier, directeur scientifique de l’Iddri

Parmi ces leviers, il faudrait que les contributions nationales soient les plus étayées possibles, que la structure de l’accord les incite à se renforcer dans le temps, et que la production de trajectoires de long terme indicatives permette d’envisager les transformations profondes qui sont nécessaires

Thomas Spencer, directeur du programme climat de l’Iddri

 

L’état d’esprit des discussions à Lima indiquera si ces éléments peuvent effectivement être déclinés de manière plus précise en vue de l’accord de Paris.

La conférence de Lima sera en outre un événement politique majeur pour l’Amérique latine, région aujourd’hui très dynamique en matière de politiques climatiques et qui a d’ores et déjà fait de l’adaptation au changement climatique une priorité domestique et internationale. La COP20 pourrait d’ailleurs être une occasion privilégiée pour la France et l’Europe d’engager un partenariat constructif avec le Pérou et plus largement l’Amérique latine. Une telle coopération inter-régionale pourrait avoir un impact positif sur l’agenda mondial pour le climat.