Alors que la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) a récemment adopté ses premières évaluations, lors de sa quatrième plénière tenue à Kuala Lumpur (Malaisie), il est utile d’analyser la manière dont ces premiers travaux semblent être reçus par la communauté scientifique travaillant sur les sujets de biodiversité.

Pour les besoins de l’analyse, on peut distinguer quatre groupes de scientifiques dans leur rapport avec l’IPBES et ses productions.

  • Le premier cercle est composé de chercheurs historiquement impliqués, moteurs, dans la création de l’IPBES : pour ce cercle, Kuala Lumpur représente la satisfaction de voir un long processus aboutir.
  • Pour le deuxième cercle, composé des chercheurs participant aux travaux de l’IPBES, la volonté est forte de voir changer les choses, que ces travaux soient utilisés pour soutenir les politiques de biodiversité.
  • Un troisième cercle, plus spectateur, semble attendre de l’IPBES la production de connaissances nouvelles, ce qui n’est pas, à proprement parler, sa mission.
  • Un quatrième cercle, enfin, peut paraître indifférent, voire hostile, aux initiatives semblant trop directement liées aux « défis sociétaux » comme l’IPBES.

Concernant les sciences humaines et sociales, les premiers travaux de l’IPBES confirment les efforts d’interdisciplinarité de la plateforme, même si des efforts supplémentaires semblent nécessaire. Notamment, une part importante des connaissances sur les « facteurs indirects », ou « causes sous-jacentes », de la perte de biodiversité, et qui sont liées au fonctionnement des sociétés humaines, sont assez peu traitées dans ces premiers travaux, tant dans l’identification des facteurs de changement que dans celle des réponses possibles. Il est certainement important pour les acteurs qui accompagnent le processus, tels la FRB, l’Iddri, et les ministères concernés, de prendre la mesure de cette hétérogénéité dans les attentes et les perceptions des chercheurs pour à la fois guider leurs actions, aller au devant des questionnements et aussi tenter d’influencer la plateforme pour qu’elle soit mieux en mesure de répondre aux attentes d’une communauté scientifique, des sciences naturelles aux sciences humaines et sociales, sans laquelle elle n’existerait pas.

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