Alors que les règles les plus fondamentales du droit international sont remises en cause, la communauté internationale continue de montrer son accord pour faire progresser le multilatéralisme environnemental. En témoigne la 7e édition de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement (ANUE, UNEA en anglais), qui s’est tenue début décembre 2025 à Nairobi (Kenya). Tous les deux ans, l'ANUE se réunit pour traiter les défis environnementaux les plus urgents, souvent non couverts par les conventions formelles. Cette assemblée joue un rôle unique : ses résolutions ont été à l'origine de processus mondiaux majeurs – comme les négociations sur la pollution plastique – mais, n'étant liée à aucun traité contraignant, ses décisions doivent être formalisées par d’autres instruments. Cette situation confère à l'ANUE une influence à la fois considérable et une certaine fragilité au sein de l'architecture de la gouvernance environnementale multilatérale.
Comment fonctionne l'ANUE?
Comme la plupart des réunions multilatérales, l'ANUE combine négociations formelles, séances plénières, groupes de travail, événements parallèles et de nombreux échanges informels. La première semaine est consacrée aux négociations entre les représentants permanents basés à Nairobi (Kenya), suivie d'une deuxième semaine où des experts nationaux de haut niveau se joignent à la réunion. Les séances de milieu de semaine portent sur les synergies entre les accords multilatéraux sur l'environnement (AME), tandis que le segment de haut niveau – comparable à l'Assemblée générale des Nations unies (AGNU) – comprend des déclarations nationales et des allocutions de personnalités. Parallèlement, les négociations se poursuivent en coulisses. La dernière journée se conclut par des séances plénières, l'adoption de décisions et les déclarations finales.
Événements parallèles : là où l'innovation prend forme
L’ANUE ne se limite pas aux discussions officielles. Les événements parallèles suscitent souvent de nouvelles idées et favorisent la collaboration intersectorielle ainsi que la participation de la société civile. Par exemple, lors de la 7e session de l’ANUE (ANUE-7) qui s’est déroulée en décembre 2025, une session consacrée à la surveillance mondiale des polluants atmosphériques a inspiré de nouvelles réflexions sur le suivi de la pollution plastique. Un autre événement a mis en lumière un soutien massif en faveur d'une action renforcée contre les déchets plastiques, signe évident de la mobilisation mondiale sur cette question.
Un climat politique globalement constructif
L’ANUE-7 a suivi de près les grandes conférences organisées dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique (CDB-SBSTTA), de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et de la Convention sur le commerce des espèces en danger (CITES), faisant craindre des répercussions des tensions issues de ces réunions. Mais l'atmosphère s’est avérée globalement positive, même si les États-Unis ont boycotté les négociations, n'intervenant qu'à la séance plénière de clôture pour déclarer qu'ils n'étaient pas liés par les décisions de l'UNEA et qu'ils réexaminaient leur participation aux instances des Nations unies. Ironie du sort, un problème technique a brutalement interrompu la déclaration américaine – juste au moment où le gouvernement s'apprêtait à annoncer son réexamen –, provoquant de vives réactions dans l'assistance.
Points clés à l'ordre du jour
Les délégués ont abordé un large éventail de sujets, notamment1 :
intervention en cas d'incendies de forêt : mécanismes de partage volontaire des ressources ;
prolifération d'algues sargasses : stimuler la science et la collaboration ;
récifs coralliens ; prendre des mesures de conservation pour encourager la résilience ;
glaciers et écosystèmes karstiques ; reconnaître leur apport unique, leur vulnérabilité aux changements climatiques et promouvoir des mesures de conservation spécifiques ;
synergies entre les AME : renforcer la coordination grâce au processus de Berne ;
exploitation minière et extraction : une proposition visant à créer un nouvel organe subsidiaire a été rejetée, mais le Programme des Nations unies pour l’environnement poursuivra ses travaux dans ce domaine ;
produits chimiques et déchets : progrès dans la mise en place d’un groupe intergouvernemental d'experts scientifiques mondial, sur le modèle du Giec (climat) et de l'IPBES (biodiversité) ;
réforme institutionnelle : une proposition mexicaine visant à regrouper tous les secrétariats des AME à Nairobi a été retirée après d'intenses débats ;
écosystèmes des grands fonds marins : des divergences d’opinion sur le mandat de l’ANUE et celui des Conventions des Nations unies sur le droit de la mer n’ont pas permis l’adoption de cette motion ;
renforcement des mesures de réponse aux crimes environnementaux : des divergences de vue sur la nécessité de définir ces crimes et leur définition ainsi que la pertinence d’un examen sous l’ANUE ont conduit au retrait de cette résolution.
Regarder vers l’avenir : l’ANUE peut-elle être plus efficace ?
La 8e session de l'ANUE se tiendra du 6 au 10 décembre 2027, les sessions suivantes étant prévues fin février les années impaires. La 9e session fera exception et se déroulera sur trois jours seulement.
Malgré son importance, l'UNEA est confrontée à des défis structurels.
Les négociations sur des questions techniques, comme les écosystèmes karstiques, sont souvent menées par des diplomates qui doivent constamment consulter des experts dans leurs pays respectifs, ce qui ralentit les progrès. Un processus de négociation en ligne, tel que celui utilisé par l'UICN, pourrait-il permettre aux experts d'interagir directement, d'accélérer les résultats et de libérer du temps pour les réunions en présentiel ?
De même, le format actuel des segments de haut niveau est discutable. Les déclarations nationales influencent rarement les négociations et pourraient être préenregistrées et diffusées en ligne. Lors des tables rondes de haut niveau, les interventions des participants pendant les dialogues s'écartent souvent du sujet, se transformant en vitrines de réussites nationales plutôt qu'en contributions constructives.
Malgré ces défis, l'ANUE demeure le seul lieu où la réflexion transversale et l'exploration de nouvelles questions offrent une occasion unique de penser, de planifier et de coordonner les efforts au-delà des cloisonnements des différents AME et de combler les lacunes entre ces accords.
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Le Earth Negotiation Bulletin de l’International Institute for Sustainable Development (IISD) fournit un résumé détaillé de ces débats : https://enb.iisd.org/unea7-oecpr7