L'analyse des interfaces climat/biodiversité

Fort de son positionnement à l’interface des différents enjeux de développement durable, l’Iddri a proposé des éclairages et recommandations sur les interfaces climat/biodiversité et a participé à la mise de ce sujet à l’agenda politique, notamment en amont et pendant la COP 25 de Madrid en décembre.

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Alexandra Deprez, chercheuse sur la Gouvernance internationale du climat et Pierre-Marie Aubert, coordinateur de l’initiative Politiques agricoles européennes, à l’occasion de la réunion de la Plateforme Biodiversité 2020 du 19 septembre 2019.

Cette étude plaide pour l’intégration des problématiques liées à la perte de biodiversité dans toute action climatique ambitieuse, car si certaines trajectoires de réduction des émissions de 1,5 °C peuvent être compatibles avec la protection de la biodiversité, d'autres - reposant sur un large recours notamment à l’usage des sols - pourraient avoir des conséquences très négatives sur la biodiversité. Malgré la montée à l’agenda des solutions fondées sur la nature (SFN), la science, la gouvernance internationale et la société civile continuent de cloisonner les réponses au changement climatique et à la biodiversité et de sous-estimer certains enjeux clés liés à ces interfaces, comme l’évolution des pratiques agricoles. Il est donc nécessaire de renforcer la coordination entre l'action climatique et la conservation de la biodiversité. Ces travaux, novateurs, et qui ont été remarqués lors de la COP 25 à Madrid, se poursuivent actuellement.

L’agroécologie élargit son champ d’adhésion

En termes de déclinaison sectorielle, les travaux de l’Iddri sur le déploiement de l’agroécologie en Europe (scénarios TYFA, Ten Years for Agroecology, septembre 2018 et avril 2019) suscitent une reconnaissance et une demande importantes. Après une analyse biophysique, dont les résultats continuent d’être présentés en Europe, dans des enceintes de haut niveau, l’Iddri travaille désormais sur les volets économiques et sociaux de la transformation des filières.

Ces travaux ont été plusieurs fois cités publiquement par Emmanuel Faber, directeur général de Danone, qui en adopte volontiers les perspectives, comme le souligne la participation de cette entreprise à une coalition mondiale d’acteurs privés en faveur de la biodiversité, lancée en septembre 2019 en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, que l’Iddri accompagne de manière indépendante dans le cadre de son soutien au One Planet Lab coordonné par la France. Des chercheurs de l'Inrae sont venus étoffer l’équipe de TYFA sur le sur le volet socio-économique et sur le volet trajectoire. TYFA est régulièrement cité par Philippe Mauguin, PDG de l'Inrae, notamment dans le cadre du lancement, en mars 2020, d’une vaste coalition universitaire européenne visant à développer les alternatives aux intrants de synthèse.

IPBES, Giec océan : expertise et dissémination

L’année 2019 a été marquée par la contribution de l’Iddri à des expertises scientifiques collectives importantes, à l’échelle mondiale, et à la dissémination de leurs résultats, notamment à travers la mise en avant des messages clés de la première évaluation mondiale des écosystèmes de l’Ipbes (mai 2019) à destination des décideurs et du public. À l’occasion de cet état des lieux global de la perte de biodiversité, l’Iddri a notamment mis en relief l’importance de bien en cerner les causes, pour que les pressions subies par le monde vivant soient identifiées et nommées (pollutions, changement d’usage des sols, et notamment pour l’alimentation humaine via l’alimentation du bétail, surpêche, etc.) afin que les décisions nécessaires pour mettre un terme à cet effondrement, en termes économiques, politiques et de gouvernance, s’appuient sur un constat scientifiquement consensuel et mondial.

Des membres de l’équipe de l’Iddri ont également participé au rapport du Giec sur les océans (septembre 2019), présenté à l’Assemblée générale des Nations unies. Ce rapport permet de mettre l’accent sur les fragilités de l’océan : il nous fournit d’immenses services, comme la régulation du climat et la fourniture de protéines pour l’alimentation, mais il est aussi victime du changement climatique (réchauffement, acidification, augmentation du niveau de la mer, diminution de l’oxygène), ce qui met en péril les services qu’il nous rend. L’Iddri a contribué activement à la couverture médiatique du rapport, qui a fait la Une dans le monde entier.

Mieux intégrer les modes de vie dans les prospectives

L’Iddri a proposé aux experts de la prospective énergie-climat des voies pour mieux intégrer les modes de vie (alimentation, déplacements, etc.) aux scénarios prospectifs. Mieux intégrer ces dimensions dans les prospectives permet d’aller au-delà d’approches uniquement techniques en élargissant le champ des débats politiques (ex. scénarios alternatifs), de traduire la transition dans des termes plus concrets et de sortir des silos disciplinaires. Les travaux de l’Iddri permettent également d’en souligner la dimension politique.