Afin de comprendre les implications des scénarios TYFA et TYFA-GES en matière d'atténuation du changement climatique et de les comparer avec la composante agricole des scénarios neutres en carbone récemment publiés, un cadre comparatif a été élaboré. Il fournit une base pour une discussion plus générale sur les trajectoires de transformation vers un système alimentaire durable (y compris l'objectif de neutralité carbone).

Messages clés

  • Le scénario TYFA repose, dans une logique de land sharing, sur la généralisation des principes de l’agriculture biologique, l’extension des infrastructures agroécologiques et l’adoption de régimes alimentaires sains pour nourrir 530 millions d’Européens à l’horizon 2050 (malgré une baisse de la production de 35 %). Avec une réduction des émissions de GES de 40 % (35 % pour les émissions directes hors CO2), un potentiel de séquestration de carbone dans les sols de 159 MtCO2eql/an jusqu’à 2035 et une production de biomasse énergie réduite à zéro, il s’agit d’un scénario peu compatible avec la neutralité carbone, mais qui offre de nombreux co-bénéfices : biodiversité, ressources naturelles, adaptation, santé.
     
  • Une variante de TYFA, dite TYFA-GES (gaz à effet de serre), améliore ces performances en vue de la neutralité carbone, sans remettre en cause les principes de base du scénario : les réductions d’émissions atteignent -47 %, le potentiel de séquestration est similaire, et la production de bioénergie s’élève à 189 TWh/an. TYFA-GES repose sur une réduction plus forte du cheptel bovin (-34 % par rapport à 2010, contre -15 % pour TYFA) et le développement contrôlé de la méthanisation à partir d’herbes de prairies et de déjections animales.
     
  • En regard, la composante agricole des scénarios neutres repose, dans une logique de land sparing, sur une augmentation des rendements agricoles, libérant ainsi des terres qui sont soit reboisées pour accroître le puits biogénique, soit utilisées pour produire de la biomasse énergie. Les hypothèses de rendements retenues sont cependant très élevées (jusqu’à +30 %) compte tenu de leur stagnation récente en Europe (notamment en céréales) et des impacts potentiellement forts sur la biodiversité et la santé des sols, qui pourraient remettre en cause la capacité productive même des agroécosystèmes et conduire ainsi à une baisse des rendements là où leur hausse est attendue.
     
  • Cette étude propose un cadre pour mettre en discussion des scénarios conçus dans des optiques distinctes ; in fine, les débats politiques sur les trajectoires de décarbonation du secteur agricole doivent mieux intégrer les enjeux de biodiversité et de santé des sols (au-delà d’une seule métrique carbone) et ainsi reconsidérer les stratégies fondées sur le land sharing et l’agroécologie comme des options crédibles.
Décryptage
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