Contexte et enjeux

Les performances économiques actuelles du système alimentaire européen sont obtenues au prix d’impacts sanitaires et environnementaux qui deviennent irréversibles. D’un côté, des régimes alimentaires trop riches et déséquilibrés, dont le coût de prise en charge par la société dépasse les 70 milliards d’€. De l’autre, la perte de biodiversité, la pollution des eaux et l’érosion des sols associés aux pratiques agricoles remettent en cause la base matérielle même de la production. 

Depuis une dizaine d’années, l’agroécologie est proposée comme une réponse pour faire face à ces enjeux, en mettant au centre des pratiques agricoles la conservation de la biodiversité et la santé des consommateurs. La réduction des rendements, donc des niveaux de production, à laquelle pourrait conduire la généralisation de l’agroécologie dans le contexte européen est cependant jugée problématique par de nombreux acteurs. Ces derniers avancent l’impératif de produire plus face à l’accroissement démographique, et à moindre coût face à une concurrence internationale de plus en plus féroce. Ils considèrent dans cette perspective que l’agroécologie est, au mieux, une niche pour une fraction de la population et opposent, en ligne avec le discours dominant sur l’agriculture et l’alimentation (cf PDF tableau), le modèle de la smart agriculture.

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Trièves, 2010 © DR

Celle-ci mobilise les technologies – en particulier numériques – pour accroître son efficience dans l’usage des ressources naturelles et de synthèse (engrais et pesticides). Elle vise à produire autant voire davantage avec moins d’intrants et moins de rejets polluants. La traduction paysagère de ce modèle de développement est d’immenses parcelles optimisées pour le passage des outils, un nombre restreint de cultures et des animaux confinés. Agronomiquement, cette smart agriculture contribue notamment une course sans fin entre ravageurs et pesticides, dont le tonnage diminuera peut-être mais dont l’efficacité — et donc la dangerosité — augmente. Socialement, elle accompagne une concentration des exploitations et un usage accru de capital par unité de travail.

Objectifs

Dans ce contexte, TYFA interroge la plausibilité et la faisabilité d’une transition de l’ensemble de l’agriculture européenne à l’agroécologie, en s’appuyant sur une analyse critique du discours dominant en matière agricole / alimentaire (voir tableau).

Le projet articule pour ce faire 3 composantes :

  1. Une composante biophysique, agronomique et nutritionnelle qui aborde les questions suivantes : un système entièrement agroécologique permet-il une gestion satisfaisante de la fertilité ?
    Le niveau de production atteint est-il suffisant pour nourrir les Européens, voir générer un surplus ? Sous quelles hypothèses quant aux régimes alimentaires des Européens ?
  2. Une composante économique et sociale, qui s’interroge sur les impacts de ce scénario sur les revenus des agriculteurs, sur le coût de l’alimentation et sur la prise en charge des externalités du système alimentaire.
  3. Une composante politique enfin, qui examine les conditions sociétales et politiques et identifie une ou des trajectoires de transition plausibles pour y parvenir.

En s’appuyant sur des hypothèses scientifiquement fondées et discutées, l’objectif ultime de TYFA est de contribuer à porter la voie de l’agroécologie dans le débat sur l’avenir de l’agriculture et l’alimentation et à renforcer sa prise en compte dans l’espace politique.

Il s’agit de faire émerger dans l’espace public et politique un narratif alternatif à celui qui domine aujourd’hui, centré sur la compétitivité, la productivité et l’innovation comme réponse (i) à l’accroissement de la population et aux enjeux de sécurité alimentaire mondiale ; (ii) à la libéralisation des échanges agricoles et (iii) aux enjeux environnementaux liés au changement climatique.

Pour ce faire, TYFA se donne plusieurs objectifs spécifiques que l’on peut décliner ainsi :

  1. Renforcer la compréhension de l’agroécologie dans l’espace politique et médiatique et plus généralement au sein de la société (i.e. justifier l’intérêt sociétal de l’agroécologie) ;
  2. Équiper les acteurs intéressés par l’agroécologie d’éléments scientifiques pour alimenter, sur des bases robustes, leur réflexion ;
  3. Faire en sorte que les enjeux spécifiques à la généralisation de l’agroécologie soient pris en compte dans les débats de politiques sectorielles clés (politiques commerciales, sanitaires, de la concurrence et alimentaires)  ;
  4. Contribuer à la fixation, dans les grandes lignes, de l’agenda de recherche français et européen sur l’agroécologie au sein de champs disciplinaires variés (agronomie, économie, sociologie et science politique).

 

Sur le site du European Forum on Nature Conservation and Pastoralism


Vidéo

Présentation du scénation TYFA par Pierre-Marie Aubert et Xavier Poux